France – Europe

11
avr
2014
Prolonger Osiris, réacteur du CEA-Saclay, seul moyen d’éviter une crise sanitaire ?
Prolonger Osiris, réacteur du CEA-Saclay, seul moyen d’éviter une crise sanitaire ?

Chaque année en France et dans le monde, des millions de vies sont sauvées, grâce aux examens effectués en utilisant le technétium 99. Ceux-ci, qui vont des scintigraphies osseuses et rénales à la détection du ganglion sentinelle en cas de cancer du sein, en passant par la recherche d’embolie pulmonaire chez la femme enceinte (1), ne peuvent, pour un nombre non négligeable d’entre eux (rien qu’en France, 60.000 chaque année), être remplacés par rien. En effet, ces examens permettent d’« apporter des renseignements fonctionnels et métaboliques qu’aucune autre technique d’imagerie ne peut fournir. » précise l’Académie de médecine. Un précieux atout pour la santé, donc, que le technétium 99. 

Tout le monde en est conscient…

Au niveau médical en tout cas, car dès 2016, il pourrait bien y avoir pénurie mondiale de cet isotope qu’on ne peut pas stocker, sa durée de vie étant très courte.  

 

Un réacteur du CEA-Saclay dans la très restreinte élite internationale

 

En cause ?

L’arrêt programmé pour fin 2015 d’Osiris, le réacteur de recherche du CEA-Saclay, qui couvre 5 à 7% de la production mondiale de technétium 99 (Pour avoir une idée de ce que cela représente : sur les 5 premiers mois de 2013, Osiris a assuré une production équivalente à 1,2 million d’examens. Et afin de pouvoir répondre à la demande de radio-isotopes indispensables à la médecine nucléaire, il a même effectué en mai de la même année, un cycle d’irradiation supplémentaire permettant la réalisation de 300 000 examens médicaux).

Mis en service en 1966, Osiris est bien sûr régulièrement contrôlé et l’ASN (Autorité de sûreté nucléaire) a estimé en mai 2011 qu’il était apte à poursuivre son fonctionnement jusqu’en 2015 mais qu’ensuite, conformément à la décision du 16 septembre 2008, il devrait s’arrêter.

Seulement voilà, si le technétium est irremplaçable, Osiris l’est pour l’instant aussi. Non seulement au niveau « France » (le réacteur de Cadarache qui doit produire le technétium à terme ne sera prêt qu’au mieux en 2018, plus certainement en 2020), mais également au niveau mondial car seuls 9 réacteurs dans le monde sont capables de produire ce radioélément à usage médical. Autant dire que si Osiris fait défaut, le risque sanitaire est grand.

 

Des syndicats du CEA à l’Académie de médecine, une demande unanime

 

Le CEA n’a pas attendu aujourd’hui pour réaliser la grave pénurie qui s’annonce : en septembre 2011, il avait demandé à l’ASN de poursuivre le fonctionnement du réacteur jusqu’en 2018. En octobre 2012, une nouvelle demande de prolongation jusqu’en 2020 avait été formulée. Que ce soient les syndicats (du CEA et d’AREVA (2)), le président de la CLI (commission locale d’information sur les installations nucléaires) de l’Essonne Jérôme Guedj (3), l’Académie de médecine (4), tous demandent instamment à l’Etat de trouver une solution.

Et pourtant, le 9 décembre dernier, l’ASN a confirmé : Osiris doit fermer.

Mais cette décision qui se veut technique et financière, tient-elle la route si on met le coût pour remettre le réacteur aux normes de sécurité en balance avec les conséquences tant humaines que financières de l’impossibilité de faire les examens « technétium 99 » ?

Et pour finir, une question : qui, au plus haut niveau, va défendre le dossier de ce problème sanitaire, maintenant que la Santé n’est plus un ministère à part entière ?

 

Martine Debiesse

 

(1)   Extrait du communiqué de l’Académie de Médecine :

« En effet, pour six indications majeures, aucune substitution n'est possible. Ces indications relèvent de cas qui en font des enjeux importants de santé publique, à savoir :

• la détection du ganglion sentinelle, pratiquement systématique lors du traitement chirurgical de patientes atteintes de cancer du sein, ce qui représente environ 55 000 examens par an. L’enjeu est d’éviter un curage ganglionnaire inutile et souvent invalidant ;

• la recherche d'embolie pulmonaire chez la femme enceinte, dans un contexte qui met en jeu le pronostic vital de la mère et de l’enfant. Plusieurs milliers d'examens par an sont ainsi réalisés, la technique isotopique étant préférable au scanner avec injection qui peut perturber gravement la thyroïde du fœtus ;

• tous les patients ayant une contre-indication aux produits de contraste radiologiques, notamment les patients diabétiques atteints d’insuffisance rénale ou traités par la Metformine ;

• la détection de l’origine d’une hyperparathyroïdie, ce qui représente plusieurs milliers d’examens par an en France. En complément de l'échographie, la scintigraphie reste l’examen fondamental pour guider le traitement chirurgical ;

• la plupart des scintigraphies de l’enfant (principalement osseuses et rénales) ;

• la scintigraphie rénale, qui permet d’évaluer la fonction séparée des deux reins, notamment en cas de néphrectomie à faire en urgence, pour le suivi des greffes rénales ou encore le bilan avant prélèvement chez les donneurs vivants. On en compte plusieurs milliers de cas par an en France. »

 

(2)   http://www.fo-areva-lahague.org/fr/activites-syndicales/tracts/2013/fichiers/LA%20SANTE%20PUBLIQUE%20EN%20DANGER%2017122013_4_1033.pdf

(3)   http://questions.assemblee-nationale.fr/q14/14-47855QE.htm

(4)   http://www.academie-medecine.fr/wp-content/uploads/2014/02/TechnetiumANM-V5.pdf